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Les premières coopératives centrales

Au début du siècle, les deux tiers des Québécois vivent à la campagne. Tout au long de la plaine du Saint-Laurent, on retrouve de nombreuses fermes laitières. L'agriculture y domine. Dans les zones où les colons défrichent de nouvelles terres, les chantiers relèguent l'agriculture au second plan. En ville, les bons salaires exercent un formidable attrait. C'est dans ce contexte qu'émerge le mouvement coopératif québécois.

Dans le cas des coopératives agricoles, le gouvernement joue un rôle actif et déterminant. À ce titre, soulignons l'apport de Georges-Auguste Gigault, sous-ministre de l'Agriculture de 1892 à 1915. On le reconnaît généralement comme étant l'inspirateur des sociétés coopératives agricoles dans la province de Québec. Le sous-ministre Gigault est en effet l'artisan d'une nouvelle politique à l'égard des organisations agricoles. En 1893, le gouvernement adopte une loi permettant aux cercles agricoles paroissiaux de bénéficier de subventions.

Au cours de la première décennie de ce siècle, diverses lois seront adoptées et favoriseront l'émergence de la coopération agricole. De ces lois, la Loi des sociétés coopératives agricoles de 1908 est déterminante car elle couvre tous les aspects de la production agricole. En principe, il ne devait y avoir qu'une seule coopérative par paroisse. Mais en 1911, un amendement à cette loi permet à certaines catégories d'agriculteurs (aviculteurs, apiculteurs, etc.) de déroger à cette règle.


Au début du siècle, dans les vieilles paroisses de la plaine du Saint-Laurent, les cultivateurs tirent la majeure partie de leurs revenus en espèces de l'industrie laitière.

 

 

Cette loi contient certaines imperfections du point de vue de la doctrine coopérative. Mentionnons par exemple que le vote est alors proportionnel au nombre d'actions. De plus, au lieu de verser des ristournes aux usagers, on paie des dividendes aux actionnaires. Ces imperfections résultent surtout d'un manque de connaissances sur le fonctionnement des coopératives et sont peu à peu corrigées. Au printemps 1909, une coopérative issue d'une association d'apiculteurs voit le jour. Il faut tout de même attendre 1910 pour voir les coopératives agricoles se multiplier dans la province. La réussite récente des caisses populaires n'est certes pas étrangère à l'engouement des agriculteurs pour la formule coopérative.

Parallèlement aux coopératives paroissiales, trois grandes centrales recrutent leurs actionnaires dans l'ensemble de la province. Il s'agit de la Coopérative des Fromagers de Québec, du Comptoir coopératif de Montréal et de la Société coopérative des producteurs de semences de Sainte-Rosalie. Ces trois centrales regroupent à la fois des membres individuels et des associations de cultivateurs réunis en cercles ou en coopératives agricoles.


À partir de 1916, le Comptoir coopératif distribue du lait dans certains quartiers de Montréal.

 

La Coopérative des fromagers de Québec

Le ministre de l'Agriculture d'alors, M. Joseph-Édouard Caron, cherche à accroître l'efficacité du système d'inspection des fabriques de beurre et de fromage. Comme il ne possède pas les ressources financières pour assumer l'inspection de toutes les fabriques de la province, le ministre introduit un système de vente selon la qualité du produit. C'est pour s'occuper de la vente du fromage classifié par les employés du Ministère que la Société coopérative agricole des fromagers est mise sur pied au printemps 1910.


Livraison de lait à la fromagerie Perron, de Saint-Prime, au Lac-Saint-Jean.

 

La Société des fromagers souhaite faire échec aux grandes firmes québécoises et montréalaises et aux acheteurs qui parcourent les campagnes pour se procurer à bon compte la production fromagère des cultivateurs. En juillet 1920, les directeurs de la coopérative, devenue la Coopérative centrale des agriculteurs de Québec, jugent l'entreprise suffisamment solide pour exporter elle-même le fromage produit dans la province. La Coopérative effectue d'abord une percée sur les marchés belge et français, puis sur le marché anglais.

Les cultivateurs sont les premiers à bénéficier de la vente coopérative des produits laitiers et ce, qu'ils soient sociétaires ou non d'une coopérative. Les prix payés par la coopérative sont en effet publiés dans un bulletin distribué à travers la province. Ces prix constitueront dorénavant la base sur laquelle se déroulent toutes les transactions, aussi bien celles qui se font dans les halles régionales que celles qui interviennent entre les fabricants et les agents des grandes firmes montréalaises. De leur côté, les fabricants profitent de l'action éducative de la coopérative et reçoivent de judicieux conseils sur la manière de faire le fromage et de l'emballer afin d'en obtenir le meilleur prix.

Devant le succès qu'elle remporte avec le fromage, la SCA des fromagers s'engage, en 1911, dans la commercialisation du beurre. En 1914, à la demande du ministère de l'Agriculture, elle se lance dans la vente des oeufs et de la volaille provenant des coopératives locales. La province de Québec montre alors un déficit important en aviculture. Le gouvernement incite les agriculteurs à se regrouper pour écouler leurs produits sur le marché montréalais. Il espère réduire ainsi les importations en provenance de l'Ontario et des États-Unis.

L'avènement de la SCA des fromagers dans le commerce des viandes remonte également à 1914. Elle écoule alors une partie des produits préparés à l'abattoir-école du gouvernement situé à Saint-Vallier, dans le comté de Bellechasse. Au printemps 1916, elle se voit confié la responsabilité des opérations de cet abattoir et, quelques mois plus tard, de celui de Princeville. Les abattoirs reçoivent surtout des porcs, mais acceptent tous les animaux qui leur sont expédiés.

La coopérative s'est aussi occupé de la vente d'autres denrées telles les fèves, le miel, le sirop d'érable, les peaux, la laine et la viande de chevreuil. En 1921, avec un chiffre d'affaires de 10 millions de dollars, la SCA des fromagers écoule une bonne partie de la production commerciale des cultivateurs de la province.


On moissonne à la main, gerbe par gerbe.

 

L'expansion de la coopérative entraîne de nouveaux besoins en capitaux. C'est ainsi qu'en 1919, les sociétaires adoptent le principe d'une émission d'actions d'un demi-million de dollars. Celle-ci doit servir à financer un ambitieux programme prévoyant notamment la construction de bureaux et d'entrepôts à Montréal, l'amélioration des installations de Saint-Vallier et de Princeville, l'aménagement d'autres abattoirs régionaux de même que l'acquisition de cours et de bâtisses devant servir à la réception des animaux vivants. L'émission permettra aussi une aide accrue à l'établissement et à la surveillance des coopératives locales.

Pour certains, la souscription d'actions apparaît avant tout comme un bon placement. On retrouve parmi eux des membres du clergé, des professionnels, des marchands, mais tous se livrent à l'agriculture. Les directeurs de la SCA tiennent en effet à ce que la société reste sous le contrôle exclusif des cultivateurs.

Le Comptoir coopératif de Montréal

L'idée d'organiser un comptoir dans un grand centre de consommation est discutée pour la première fois au sein de l'Union expérimentale des agriculteurs de Québec, une coopérative mise sur pied en 1909 à l'Institut agricole d'Oka et vouée à la diffusion de la science agricole. Formée d'enseignants, d'étudiants, de professionnels et de quelques agriculteurs progressistes, l'Union s'attache d'abord à la promotion de l'agriculture.

Fondé en 1913, le Comptoir a pour but général de travailler au progrès religieux, intellectuel, social et économique de ses membres en prenant à coeur leurs intérêts matériels. Par sa section d'achat, le Comptoir fournit aux agriculteurs une gamme variée de produits. Les transactions les plus importantes portent sur les graines de semence, la farine ainsi que les engrais alimentaires et chimiques. Le Comptoir commercialise aussi différents produits sous sa propre marque de commerce: ficelle d'engerbage, herbicides, insecticides, peinture.

Les Montréalais peuvent s'y procurer de l'épicerie, des produits pétroliers ainsi que du charbon. À partir de 1916, le Comptoir assure même la distribution du lait dans certains quartiers de la ville. Bien que l'on importe des marchandises de l'étranger, la coopérative encourage aussi les fabricants québécois.

Sa mission éducative, le Comptoir la remplit en cherchant à améliorer l'instruction professionnelle de ses membres. Se limitant d'abord à des conférences et à des publications, on embauche ensuite un propagandiste qui s'emploie à diffuser la doctrine coopérative dans les campagnes.

Au départ, l'influence religieuse est très importante. Mais peu à peu, les laïcs prennent la relève des clercs.

Le Comptoir est plus solidement implanté dans la région montréalaise ainsi que dans les Cantons-de-l'Est. Ailleurs dans la province, il recrute moins d'adhérents que la Coopérative centrale et le rapport varie assez peu d'un comté à l'autre. On peut donc supposer que les sociétaires du Comptoir sont aussi en grand nombre des actionnaires de la Coopérative centrale.



Jour de marché public à la place Jacques-Cartier, à Montréal.


Un vibrant plaidoyer

En 1910, le sous-ministre de l'Agriculture, Georges-Auguste Gigault, livre un vibrant plaidoyer en faveur de la coopération à la convention annuelle de la Société d'industrie laitière qui se tient à Rigaud:

«C'est la coopération qui a créé notre commerce d'exportation de produits laitiers. Tant que les cultivateurs n'ont pas apporté leur lait à des fabriques pour le travailler en commun, le commerce d'exportation était nul. Aujourd'hui, ce commerce nous donne des millions, parce que la coopération livre au commerce des produits remarquables par la qualité, produits que la fabrication domestique ne pouvait pas fournir.»

 

La Société coopérative des producteurs
de semence de Sainte-Rosalie


La Société coopérative des producteurs de semences de Sainte-Rosalie est née, en 1914, du besoin d'améliorer le rendement des grandes cultures. L'usage de semences offrant toutes les garanties de germination et dépourvues de mauvaises herbes est essentiel à l'obtention de récoltes abondantes. Or, au Québec, la qualité des semences laisse à désirer et plusieurs utilisent des semences importées.

La coopérative des producteurs de semences de Sainte-Rosalie oeuvre dans le secteur de l'approvisionnement de la ferme. Les grains (surtout de l'avoine) achetés des sociétaires, des cultivateurs et même des marchands sont revendus aux organisations agricoles, cercles, sociétés et coopératives. La coopérative peut aussi effectuer le travail pour le compte de ses membres moyennant commission.

La société fait aussi distribuer des circulaires sur le traitement des grains contre les maladies, elle surveille les récoltes de ses fournisseurs dans les paroisses autour de Sainte-Rosalie et possède même un champ de démonstration qui sert également à des fins d'exposition.

La coopérative des producteurs de semence joue un rôle de tout premier plan dans l'agriculture québécoise. Peu après sa fondation, les experts notent déjà une diminution sensible des importations au profit des producteurs locaux. De plus, en facilitant l'achat de semences acclimatées et sélectionnées, elle contribue à accroître la productivité des champs de céréales. Bien qu'elle ait recruté moins de membres que les deux autres centrales, elle s'acquitte fort honorablement de sa mission éducative.

Sous le signe de l'éphémère


La sous-capitalisation affecte la plupart des coopératives. Là où les caisses populaires sont implantées solidement, dans les comtés de Dorchester et de Bonaventure par exemple, les coopératives peuvent financer leurs transactions plus facilement. Par ailleurs, les coopératives supportent trop de crédit. Quant aux fonds de réserve, ils sont constitués à même une retenue de 3 % sur les achats qui sert aussi à défrayer les frais d'administration.

Bien qu'il y ait des exceptions, la quasi-totalité des quelque 300 coopératives paroissiales ou régionales fondées avant 1920 ont une existence éphémère. L'apathie des cultivateurs est en définitive la cause profonde de l'échec. Il faudra la crise de 1929 et l'action de l'Union catholique des cultivateurs (UCC) pour venir à bout de l'individualisme et raviver la solidarité de la classe agricole.


La naissance de la Fédérée


Lancée en 1918, l'idée d'une fusion des trois grandes centrales avait fait son chemin, mais elle ne ralliait pas tout le monde. L'opposition la plus vive venait du Comptoir coopératif de Montréal qui était alors en lutte ouverte avec la Société coopérative agricole des fromagers.

Une réunion des gérants des grandes coopératives de la province est convoquée le 14 janvier 1918 afin de continuer les négociations en vue d'une fusion. Bien que l'assemblée entérine la décision des directeurs, le projet avorte.

En 1922, l'agronome Jean-Baptiste Cloutier, inspecteur des coopératives au ministère de l'Agriculture, tente un nouveau rapprochement entre les coopératives centrales. On ignore la teneur de son plan, mais l'on sait qu'il recueille l'assentiment du Comptoir coopératif de Montréal.

Les discussions entre les intervenants se limitent à une rencontre informelle des délégués des centrales. Afin d'accélérer les choses, le ministre de l'Agriculture décide de soumettre au conseil d'administration - que l'on appelait alors bureau de direction - de chacune des trois centrales un texte de loi. Les membres du conseil d'administration de la Coopérative centrale des agriculteurs et ceux de la Coopérative de Sainte-Rosalie tiennent une assemblée conjointe à la salle des Bills publics de l'Hôtel du gouvernement, le 21 octobre 1922. Au même moment, le conseil d'administration du Comptoir coopératif se réunit à Montréal. Les directeurs s'engagent alors à défendre le projet auprès de leurs membres. Une lettre signée par les trois gérants est envoyée à chacun des actionnaires avec des formulaires de procuration les invitant à se prononcer en faveur de la fusion. La réunion est annoncée en chaire par les curés dans les paroisses.

L'assemblée de fusion est convoquée pour le 31 octobre 1922 à la salle de la Cour du recorder de l'Hôtel de ville de Québec. Elle réunit plus de 200 personnes.

En plus de mettre fin à la concurrence entre les coopératives, la fusion présente de nombreux avantages. Les fonctions respectives des trois sociétés permettent une meilleure utilisation de la main-d'oeuvre aux différentes saisons de l'année. De plus, les mêmes locaux peuvent servir à l'entreposage des denrées des cultivateurs durant l'été et des fournitures professionnelles durant l'hiver. Le pouvoir de marchandage auprès des fournisseurs se trouve aussi accru par le regroupement des achats.

Pour les cultivateurs, l'introduction dans la charte de la Fédérée du principe de la ristourne, qui doit être appliqué une fois que la coopérative aura réussi à se constituer un fonds de réserve d'un demi-million de dollars, représente un gain important. En effet, ils peuvent dorénavant s'attendre à toucher leur part des trop-perçus en fonction de leurs achats et de leurs ventes en coopération. La lecture de cet article de loi est d'ailleurs saluée par une salve d'applaudissement.

La Loi de la Coopérative fédérée reçoit la sanction royale le
29 décembre 1922.

Qu'il s'agisse des coopératives agricoles ou des caisses populaires d'Alphonse Desjardins, un seul objectif est visé : améliorer le sort des membres par l'action collective.

Dans le cas des coopératives agricoles, le gouvernement joue un rôle actif et déterminant. À ce titre, soulignons l'apport de Georges-Auguste Gigault, sous-ministre de l'Agriculture de 1892 à 1915. On le reconnaît généralement comme étant l'inspirateur des sociétés coopératives agricoles dans la province de Québec. Le sous-ministre Gigault est en effet l'artisan d'une nouvelle politique à l'égard des organisations agricoles. En 1893, le gouvernement adopte une loi permettant aux cercles agricoles paroissiaux de bénéficier de subventions.

Au cours de la première décennie de ce siècle, diverses lois seront adoptées et favoriseront l'émergence de la coopération agricole. De ces lois, la Loi des sociétés coopératives agricoles de 1908 est déterminante car elle couvre tous les aspects de la production agricole. En principe, il ne devait y avoir qu'une seule coopérative par paroisse. Mais en 1911, un amendement à cette loi permet à certaines catégories d'agriculteurs (aviculteurs, apiculteurs, etc.) de déroger à cette règle.

   
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