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Pomiculture
Par Guylaine Gagnon


Un cidre à vous faire tomber dans les pommes

M. Robert Demoy et Mme Joëlle Desbois sont des pomiculteurs oeuvrant à Hemingford, au sud de Montréal. Bretons d’origine, ces producteurs fabriquent le meilleur cidre au Québec, selon les Cidriculteurs artisans du Québec, puisqu’ils leur ont décerné, en 1994 et en 1995, la médaille d’or pour leur Crément de pomme Du Minot. Ce même produit a également remporté le Grand prix du Jury, en 1994 et en 1996. Leur secret: Un cidre au goût de la «vraie» pomme. Un cidre fabriqué selon une technique unique au Verger du Minot.


Les Demoy sont au Québec depuis 1978. Monsieur est oeunologue de formation, diplômé de l’Université de Bordeaux en France. En 1987, le couple a acquis ce verger dans le seul but de produire du cidre. Sans doute avaient-ils déjà en tête de produire le meilleur cidre. Huit cents pommiers composent leur verger qui longe le rang Covey-Hill, au bout duquel verger est construite leur coquette maison, puis tout près, la cidrerie. Ne vous surprenez pas si vous passez par là, il faut traverser le verger pour atteindre les propriétaires. Mais allez-y, les Demoy sont très accueillants et vous feront visiter volontiers leurs installations.

«Mon père, agriculteur, produisait lui-même son cidre, indique le pomiculteur. En Bretagne, toute la famille boit du cidre, même les tout-petits.» Par goût ou par nostalgie, les Demoy ont vite renoué avec une des traditions bretonnes. C’est ainsi que 4 000 à 6 000 minots de pommes par année sont cueillies puis transformées en huit produits différents. Les Melba, MacIntoch, Lobo, Cortland, Empire, Geneva et Duchesse sont les sept variétés destinées à être vidées, lavées, broyées et pressées. Après une période de décantation, le jus en résultant subira le tumulte de la fermentation pendant une période d’environ deux mois. Cette étape de la production s’effectuera dans des réservoirs de 6 000 litres chacun. Des réservoirs uniques aux Demoy, en ce sens que leur fabrication en acier inoxydable permet de concocter un mousseux qui conserve son goût et son arôme fruités. «En fait, c’est un modèle que j’ai fait modifier pour réussir un bon mousseux sans ajout de sucre, juste de la levure, affirme Robert. Ce type de réservoir avait été pensé, à prime abord, pour produire un vin rapidement. Pour moi, c’était un plus gros défi de garder le goût du fruit.» Ce n’est donc pas sans effort que leur Crément de pomme a remporté le premier prix au concours cidricole de Montréal.

Outre leurs Crément de pommes, blanc et rosé, Robert et Joëlle produisent un Cuvée du Minot blanc, un produit sans alcool disponible dans les épiceries fines et les boutiques de produits naturels presque partout au Québec; un apéritif, Du Minot doré; La Bolée; le Clos du Minot rosé et blanc et le Domaine du Minot, un mousseux léger de méthode champenoise, qui a d’ailleurs remporté la médaille d’argent, en 1995. Chacun de ces produits requière la variété de pommes qui en fait la boisson la plus savoureuse. «Les deux Crément de pommes, rosé et blanc, sont vendus à la Société des alcools. Alors qu’on peut se procurer les autres produits ici même au Verger du Minot», ajoute Robert.

Que dire des pommiers
«Entretenir un verger à fruits devant être transformés nécessite moins de soins que le fruit devant être consommé nature, souligne le pomiculteur. Nous n’avons pas besoin d’une pomme bien rouge et bien ronde, nous voulons simplement une pomme saine et sucrée. C’est pourquoi nous n’avons, comme entretien, qu’à faire une taille d’hiver pour stimuler le nouveau bois en plus de garder l’arbre bas pour ne pas faire d’ombre. Nos arbres ont besoin de beaucoup d’ensoleillement. Puis nous devons contrôler les parasites.»

Pour contrôler les parasites, au Verger du Minot, on pratique la lutte intégrée depuis cinq ans. Ainsi on réduit l’utilisation de fongicide, d’insecticide et d’acaricide. Pour ce faire, quelques techniques efficaces sont utilisées. Notamment, pour la prévention des mites, on traite à l’huile minérale en début de saison. «Ainsi, commente ce producteur breton, l’huile enrobe les oeufs, ce qui les empêche d’éclore. Cependant, l’application doit s’effectuer lors d’une journée sans vent avec une température d’au moins 18°C. Ce qui n’est pas toujours évident à obtenir.» Les Demoy réussissent aussi à diminuer l’emploi d’insecticides en mesurant la population d’insectes. Grâce à des pièges, une plaquette enduite de phéromone, une hormone femelle qui attire les mâles, ils mesurent la quantité d’insectes et appliquent l’insecticide au besoin. Ils évitent ainsi d’en étendre d’emblée dans tout le verger. «Pour faire du cidre, nous acceptons des fruits contenant quelques piqures d’insectes, nous informe M. Demoy.»

Le suivi de contrôle aux parasites est fait par un agronome expert en la matière. «Nous sommes membre d’un club de production, c’est-à-dire que nous sommes une vingtaine de pomiculteurs à partager les coûts. Ainsi, le fait de se regrouper nous permet d’obtenir une subvention gouvernementale, sinon ce serait très cher.»

Toutes les étapes de fabrication sont opérées à la cidrerie. Même l’embouteillage. Pour la récolte cinq à six cueilleurs sont nécessaires pendant une période de trois semaines. La cueillette se fait à la main.

Les Demoy ont lentement construit leur renommé. Ils semblent d’ailleurs en être très fiers. Leur petit chez-soi a été minutieusement choisi. «Nous recherchions un terrain sur lequel nous pénétrions d’abord dans le verger pour ensuite se retrouver chez nous. C’est sûr qu’au point de vue marketing, c’est moins invitant pour les passants que si la cidrerie était située au bord de la route. On a voulu d’abord s’installer à notre goût et ensuite attirer la clientèle avec nos produits.»




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