dossier
Février 2001
 
Xavier Abadie : animateur, marchand de bonheur
 
Par Suzanne Dion,
consultante en communications et développement des organisations
Xavier Abadie : animateur, marchand de bonheur
Hubert Lacoste : une production hautement spécialisée pour un marché mondial
Marie-Claude et Didier Della-Vedove : la valorisation d’un riche patrimoine
Chantal Dufour et Alain Forget : l’art des potions magiques
Yvonne Lefort et Bernard Tremblay : nouveaux coureurs des bois
Marc Laperrière : développeur régional
Dans son bureau ouvert sur la colline d’où le regard peut explorer toute la région, Xavier Abadie passe de son téléphone cellulaire, au télécopieur et au courriel. La maison a été restaurée avec goût. Le design moderne dans ces bâtiments très anciens où on a pris soin de mettre en valeur ce qui vient du passé, lieu privilégié et intime qui permet de voir loin et où on communique avec le monde donne une bonne idée de son propriétaire.

Cet ingénieur agricole se destinait à reprendre l’entreprise avicole de son père, dirigeant du syndicalisme et de la coopération sur le plan régional et national dans la filière volailles. Alors que ce dernier travaillait à relancer Avigers, la filière avicole gersoise, il devient nécessaire d’analyser le marketing des volailles fermiers. Xavier fera partie de l’équipe de recherche et en tirera des enseignements fort utiles.
Si on le voit avec son béret gascon sur son site Internet et ses documents publicitaires, c’est qu’il sait que son coin de pays et son statut de paysan sont vendeurs. Il veut pour cela garder une activité de production, même si deux nouvelles activités amorcées parallèlement sont maintenant de-venues l’essentiel de son travail :la mise en marché des volailles fermiers produites par d’autres entreprises de la région et le chaponnage à forfait pour des aviculteurs à travers toute la France.
Sa mère avait appris à chaponner pour les besoins de l’exploitation familiale. Sa sœur Bernadette, technicienne agricole, chaponnait de son côté pour des éleveurs de la région. La demande grandissant, Xavier et Bernadette créèrent une société spécialisée en chaponnage. Dix ans après, ABEXA est devenue la première entreprise du genre. On y chaponne 750 000 volailles par an, c’est-à-dire plus de 40 % des chapons français. Elle emploie l’été de 70 à 80 personnes, dont 18 chaponneurs.
Lorsque le nombre de volailles à passer au bistouri était assez réduit, les méthodes étaient plutôt artisanales. Avec l’augmentation du nombre et la commercialisation de l’activité s’est imposée une recherche pour faire évoluer les méthodes et rendre efficace cette activité traditionnelle. Les services d’un vétérinaire furent requis et on s’assura de rendre l’opération plus confortable pour les intervenants et pour la volaille. L’éleveur qui engage une équipe de chaponneurs exige que le travail soit parfait.
Abexa a ainsi, au cours des ans, inventé un métier : recherche de nouvelles méthodes, perfectionnement de l’organisation du travail, consolidation des équipes de travail, développement du marché, élaboration de contrats de chaponnage avec l’éleveur, car le chaponneur peut être rendu respon-sable de problèmes qui ne le concernent pas. On souhaite y développer un management moderne et responsable. Pour y arriver, des consultants formateurs interviennent chaque année auprès des employés.
Xavier Abadie travaille aussi à élargir le marché du chapon et des volailles fermiers. Il est fier de noter que ce sont ses volailles que l’on offre à Noël au président français. Pour encadrer l’activité commercialisation, il a créé, avec sa femme cette fois, une autre entreprise : Tradition des Coteaux du Pelon, qui achète des chapons, des chaponnettes (poulardes castrées), des pintadous (chapons de pintades) et mini-chapons (coqs de souche naine), qui supervise leur abattage et les met en marché sous labels. Là aussi, il modernise des pratiques anciennes telles le plumage à sec et la sélection lors de l’abattage.
Ainsi, plutôt que de ramasser d’un seul coup les volailles d’un poulailler pour les mener à l’abattage, il les trie pour s’assurer qu’elles sont à point. Une personne expérimentée inspecte chaque volaille : sous l’aile la veine doit être entourée de gras. Progressivement, le poulailler est écrémé. « Si les gens acceptent de payer plus cher pour nos volailles, c’est qu’ils sont assurés de retrouver de la qualité. À Noël, toute la famille est là. Les gens qui reçoivent ne veulent pas décevoir. Pour arriver à fournir ce produit, je me suis fait une belle réputation d’emmerdeur dans les abattoirs. Mais les résultats leur montrent maintenant qu’il y a des avantages à mes pratiques. »
Xavier Abadie, dont l’entrepreneurship est communicateur, aime agir en équipe. Dans ses documents promotionnels, il propose des recettes où les produits de ses amis de Gers, Terre d’exception sont aussi mis en valeur. Alors qu’on m’a référé son nom, son premier mouvement est de me parler de tous les membres de son groupe. Conscient des attentes de ses clients, il choisit des mots comme bonheur, amour, plaisir, authenticité, parfum, fête… pour présenter ses produits et ceux de ses collègues. Si le bonheur est dans le Gers, il conduit aussi à la réussite.

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