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Ce soir,
janvier 2001
on fait peur au monde!

C’était le 4 décembre dernier, un lundi. Journée ordinaire, grise et pluvieuse. Sur le fil de presse, parmi la centaine de communiqués d’affaires qui inondent quotidiennement les pupitres des journalistes, deux petites dépêches se détachent du lot.
L’une annonce l’intention de Tyson Foods Inc. (le plus gros transformateur de poulet aux États-Unis) d’acheter IBP Inc. (le plus gros transformateur de viande de bœuf au monde) pour une somme approximative de 4,2 milliards de dollars. L’autre, sur le même ton tout aussi endormant, officialise l’achat d’Agribrands (un réseau de 70 meuneries situées en Europe, en Amérique du Sud et en Corée) par la grande multinationale Cargill au coût de 800 millions de dollars!
Cou’donc, les Américains vivent-ils sur une autre planète? Les sommes d’argent impliquées dans ces deux seules mégatransactions sont tellement démesurées qu’elles ne signifient plus rien pour le commun des mortels. Imaginez : avec une bourse de 5 milliards de dollars, les Américains pourraient se payer l’actif de tous les transformateurs coopératifs et privés présents au Québec. Tous, sans exception. Et encore, il en resterait suffisamment pour acheter une bonne partie de la capacité productive de l’Ontario.
Chez nos voisins américains, le phénomène de concentration semble sans limite. Les lois anti-monopoles américaines, pourtant très efficaces contre Microsoft et Bill Gates, semblent impuissantes lorsqu’il s’agit de civiliser le secteur agroalimentaire. Filière par filière, les quatre plus gros joueurs contrôlent 82 % du bœuf, 75 % du porc et 50 % du poulet. La vague d’acquisitions et de fusions qui déferle actuellement sur le secteur agroalimentaire américain va sans doute gonfler ces chiffres au cours des prochains mois.
La classe politique américaine, toujours sensible à la cause agricole, y voit des conséquences dramatiques. Au fur et à mesure que les grandes corporations s’infiltrent dans la production par le biais de l’intégration, les agriculteurs américains, indépendants et fiers, ceux qui exploitent encore des fermes familiales, sont de plus en plus marginalisés. Dit plus clairement, dans certaines productions, comme le poulet, le bœuf et le porc, les grandes corporations américaines n’ont plus vraiment besoin d’eux pour répondre à la demande.
Le professeur Thomas Johnson, un économiste de l’Université du Missouri, dans une récente analyse, va encore plus loin. Selon lui, l’effondrement de certaines communautés rurales traditionnelles est imminent. Non seulement les fermes familiales sont malmenées, mais contrairement au passé, les grandes corporations cherchent à installer leurs méga-usines non plus près des localités rurales bien pourvues en infrastructures, mais dans les réserves indiennes et dans l’arrière-pays. Ces nouveaux ghettos à la campagne sont devenus une destination privilégiée par les immigrants internationaux, souvent sans ressources, qui acceptent de travailler au salaire minimum dans des conditions difficiles. De fait, selon le professeur Johnson, ces grandes compagnies, aux méthodes modernes et sophistiquées, créent des poches de pauvreté et de misère partout où elles s’implantent.
La stratégie québécoise est très différente, on en convient aisément. Depuis plusieurs années, nos gens ont fait le pari qu’une mise en marché collective et efficace, des fermes à dimension humaine, des grandes coopératives qui possèdent des usines modernes et sophistiquées, des travailleurs payés à des salaires très supérieurs à ce que l’on trouve en Amérique du Nord, peuvent donner des résultats satisfaisants dans la conquête des marchés, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Mais c’est un pari risqué. Très risqué. Dans un contexte nord-américain, où le degré de concentration augmente rapidement, où la compétition est de plus en plus vive, la fragilité de notre stratégie est manifeste. La pression est forte. Pour justifier des salaires plus élevés que la compétition, nos usines devront accroître considérablement leur productivité. Une certaine consolidation de même qu’une certaine expansion seront sans doute nécessaires chez nos transformateurs. Mais surtout, un front commun de toutes nos institutions sera plus nécessaire que jamais. Car l’ennemi, faut-il le rappeler, n’est pas dans nos rangs, il vient du sud…

Claude Lafleur, agr.,
Secrétaire général Coopérative fédérée de Québec
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Photo: Ronald Maisonneuve
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