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Son excellence
avril 2001
le baron Smithfield

Smithfield Foods Inc. : le plus gros producteur de porc au monde. Le plus gros transformateur de viande porcine aussi. De nationalité américaine, évidemment. Les chiffres sont hallucinants. Imaginez : la production annuelle de porc de cette seule entreprise est exactement le double de tout ce qui se fait au Québec! C’est 12 % de la production américaine, ce qui n’est pas peu dire. À plein régime, ses usines de transformation et ses fermes porcines emploient près de 37 000 salariés. Pas mal pour une entreprise qui n’en avait que 5 000 il y a à peine 10 ans.
Mais voilà, le développement accéléré de cet immense empire agroalimentaire ne fait pas que des heureux chez nos voisins du sud. À dire vrai, Smithfield, qui est à l’agriculture ce que McDonald’s est à l’alimentation ou ce que Wal-Mart est à la distribution, un chef de file qu’on aime à détester, s’est pris le bras dans le tordeur et se demande bien comment cela va finir.
Les groupes écologistes sont déchaînés : trop de concentration, disent-ils, trop de pollution souterraine, trop d’antibiotiques ajoutent-ils. Les associations de producteurs agricoles, parmi les plus militantes, comme le National Farmer Union, voient dans ces usines agricoles la fin d’un mode de vie et le déclin du milieu rural. Les caricaturistes, sur un fond de méchanceté, personnifient Smithfield en méchant baron capitaliste, voire, insulte suprême, en baron du cochon! S’ajoute à cette opposition traditionnelle et plutôt bien organisée, les groupuscules de tout acabit, ceux qui étaient à Seattle, ceux qui seront à Québec au Sommet des Amériques, et qui s’opposent avec violence à la mondialisation et à la concentration économique.
Et comme si ce n’était pas suffisant, des avocats américains, opportunistes comme toujours, sont sur l’affaire. Une coalition de 35 groupes, pilotée par le très charismatique Robert Kennedy junior, de la famille royale américaine, a embauché une équipe d’avocats aguerris, brillants, ambitieux, ceux-là mêmes qui ont combattu avec succès l’industrie du tabac et celle de l’amiante. Leur but? Provoquer la faillite de Smithfield avec une poursuite de plusieurs milliards de dollars.
L’attaque légale de la Coalition porte principalement sur la piètre performance environnementale de l’entreprise. Depuis quelques années, en effet, surtout lors de tempêtes importantes, les lagunes de Smithfield finissent toujours par déborder et se déverser dans les rivières de la Caroline du Nord. Smithfield, qui a déjà été condamné pour cette affaire, s’est d’ailleurs engagé envers l’État de la Caroline du Nord à éliminer toutes ses lagunes de purin d’ici 5 ans. Mais, selon la Coalition, c’est trop peu et trop tard.
Toute cette histoire témoigne d’un malaise profond. En coulisse, c’est le sempiternel combat des petits, qui se sentent manipulés et écrasés, contre les gros, qui se disent injustement persécutés. Ici même au Québec, bien que très discrètement, il y a des voix au sein du monde agricole et du milieu rural qui s’élèvent contre la concentration économique et qui déplorent la situation. Est-ce vraiment sérieux? L’avenir nous le dira.
En attendant, les petits investisseurs qui possèdent à la bourse des actions de Smithfield ont le sourire fendu jusqu’aux oreilles : malgré la poursuite judiciaire qui les frappe, l’action en bourse de la compagnie, en raison du drame de la fièvre aphteuse qui sévit en Europe, est fortement en hausse depuis quelques semaines…

Claude Lafleur, agr.,
Secrétaire général Coopérative fédérée de Québec
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Photo: Ronald Maisonneuve
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